L’écriture : l’art qui ne sait parler pour lui-même sur les réseaux

Grâce aux réseaux sociaux, nous pouvons tous offrir une vitrine à nos talents. Chant, dessin, danse, humour, sport, sculpture, photo, vidéo, éducation positive, dressage animalier, maçonnerie… La liste est longue, mais quid de la littérature ?

Pour tous ces talents dont on peut faire démonstration à l’image, une simple galerie Instagram peut séduire des millions d’internautes. Ces derniers naviguent facilement d’un contenu à l’autre en un glissement du pouce : pas besoin de plus pour se laisser convaincre… ou choisir de tracer sa route. Les artistes proposent de véritables catalogues de leurs prouesses et se constituent rapidement des communautés, parfois même sans avoir à exposer leur visage ni donner le moindre fragment d’intimité.
Les auteurs de roman, eux, ont de quoi se sentir à l’étroit au milieu de ces formats flashs. Leur œuvre demande un véritable investissement de la part du lecteur : on ne peut pas se contenter d’être spectateur, il faut être acteur, actionner les mécanismes de son imagination pour jouir de tout ce qu’un texte a à offrir. L’effet waouh survient à mesure que l’intrigue se déroule, et nous percute généralement au moment de refermer les dernières pages.
Une publication instagram où la couverture est mise en scène dans un joli décor, une citation extraite d’un contexte romanesque qui accentue sa saveur, ne sont que des miettes pour le public. Il en faut plus pour la claque virtuelle, le waouh, l’identification immédiate.
Alors comment composer avec un jeu de la communication qui exige efficacité et immédiateté ? Ne dit-on pas qu’on ne doit pas juger un livre à sa couverture ?
Cette couverture qui, d’ailleurs, n’est pas toujours choisie par l’auteur, pas toujours le meilleur reflet de ce qu’il y a à l’intérieur – qui dépend du budget de l’éditeur ou de l’auteur indépendant.
En librairie, l’objet livre nous permet de jouer avec, de le feuilleter, d’établir un balbutiement de lien. Sur les réseaux, c’est la façon de communiquer autour qui s’avère décisive. Pour les auteurs indépendants, ceux qui sont en petite maison d’édition, ceux qui ont été le pari d’une plus grosse, qui composent avec des budgets communication limités et qui font plus de marchés d’artisanat que de grands salons, le marketing digital – devenu étape incontournable de la vie de leur livre – s’avère un vrai défi.
Car la majorité d’entre eux cumulent un job à plein temps à leur activité littéraire. Et voilà qu’il leur faut en prime endosser la casquette d’influenceur et de community manager – jouer des coudes pour séduire les algorithmes et capter de potentiels lecteurs afin d’élargir leur communauté. Car nous publions pour être lus, pour nous connecter aux autres, et bien plus trivialement… dans l’espoir d’en vivre.
Et si l’on veut s’adapter aux nouvelles normes du marché, il ne faut donc pas se contenter d’être un bon tisseur d’intrigue et de soigner sa plume : il faut apprendre à capter et fédérer une audience. On comprend qu’il y ait beaucoup d’appelés pour peu d’élus.
Alors tous victimes des algorithmes ? Oui… Et non ! Car les robots eux aussi évoluent et que dans la masse de contenus publiés en continu, faire primer la qualité à la quantité est devenu crucial. Un premier soulagement pour nous, apprentis communicants : nul besoin de publier tous les jours, voire plusieurs fois par jour, pour se faire une place sous les projecteurs. Avoir un vrai message, un positionnement clair, et savoir toucher le cœur d’une audience l’emporte désormais sur le sensationnel. Et cela arrange bien nos affaires, car finalement, ces ingrédients ne sont-ils pas les mêmes que pour un bon livre ?
Alors rangeons nos forets, nul besoin de bourriner pour percer : certains font même la prouesse d’y arriver sans jamais montrer plus que le bout de leurs ongles quand ils brandissent un exemplaire de leur ouvrage !

Partager l'article

A propos de l'auteur ...

Pauline Perrier
Pauline Perrier est romancière. Elle vit au pied des Alpilles où elle jongle entre l’écriture et une activité de consultante en marketing digital. Son dernier roman, Mortelle, a remporté le prix Kobo 2023 avant de paraître chez Eyrolles en octobre 2025.
Catégories

A la une

+ d'articles de Pauline Perrier

Flash littéraire

Carnets de lecture

Explorations culturelles

Nouvelles plumes

Voix d’auteurs

Suivez l'explorateur ...

Nous contacter

Une question sur l’explorateur littéraire ?
N’hésitez pas à nous faire parvenir votre message