Type:Rider : des mots aux manettes, quand le jeu vidéo s’empare de la typographie

La littérature peut-elle fusionner avec le jeu vidéo ? Les mots peuvent-ils devenir des items, et l'écriture, une mécanique de jeu ? Aujourd'hui, on va parler de Type:Rider, un jeu de plateforme atypique. Au programme, point de preux chevalier ni de plombier moustachu. Vous n'avez même pas d'arme pour vous défendre, juste vos deux points. Oui, vous avez bien lu.

Type:Rider se définit dès son écran-titre comme un « jeu vidéo typographique ». À la base, il s’agit d’un projet étudiant commun à l’école des arts des Gobelins et à l’ENJMIN, l’École nationale du jeu et des médias interactifs numériques. Il a été cofinancé par le groupe Agat Films & Cie – Ex nihilo, un collectif de producteurs français, mais aussi Arte et le CNC. Du beau monde issu de latitudes inattendues pour un simple jeu vidéo ! Certes, Type:Rider est un jeu, par ailleurs très facile à comprendre et à prendre en main. Cependant, son ambition est au diapason des ambitions de ceux qui l’ont produit : promouvoir la culture.

Roule, ma boule !

Il n’y a pas d’histoire dans Type:Rider, seulement l’Histoire avec un grand H. Cette grande histoire, c’est celle de la typographie. Le principe est simple. Vous incarnez deux points de ponctuation, qui vont devoir avancer de gauche à droite, soit dans le sens occidental de la lecture. Vous progressez en roulant et en sautant d’un niveau à l’autre, chaque niveau représentant une époque importante dans l’avancée de l’écriture. La thématique pour chaque niveau est une police de caractère spécifique à son époque : Garamond, Helvetica, Times, Futura, etc.

Très justement, le tutoriel pour apprendre à jouer se nomme « Origines ». Il vous fait évoluer depuis les peintures rupestres jusqu’aux lettres latines, en passant par l’invention de l’écriture en Mésopotamie, en Grèce ou encore en Chine. Ensuite, les choses sérieuses commencent. Vous avancez dans un hub vous demandant de débloquer les niveaux l’un après l’autre. Chaque niveau est lui-même découpé en 4 sous-niveaux, au travers desquels votre petite « tuture » typographique doit récupérer des items. Le but est de traverser les 4 zones d’un niveau en ramassant les 26 lettres de l’alphabet, 6 astérisques, et un « & » un peu plus difficile d’accès.

© Type:Rider - Arte / Ex Nihilo (2013)

Apprendre en jouant, le point d'honneur de Type:Rider

Les bonus que vous ramassez ne rapportent ni points ni pouvoir spécial. Pour les lettres de l’alphabet, vous gagnez la satisfaction d’avoir tout raflé à l’arrivée. Concernant les astérisques, ils débloquent des pages d’information sur l’histoire de la typographie. C’est la vraie démarche cachée derrière Type:Rider : nous instruire en jouant. À chaque nouvel astérisque, vous avez la possibilité d’aller dans le menu pour apprendre une anecdote passionnante sur la période en question, ses grands acteurs et ses avancées (la vie de Gutenberg, l’invention de la presse à imprimer, celle du télégraphe, etc.).

Le level design et l’esthétique de chaque niveau sont en accord avec la période traversée. C’est beau, fin et épuré. Le premier plan mélange livres, lettres géantes et machines, à traverser sans se planter. L’arrière-plan est tapissé d’enluminures, gravures et autres fresques du plus bel effet. Parfois, le gameplay nous balance en plus quelques idées inventives et rafraîchissantes, comme d’éviter les tirs d’un sniper (« Clarendon », le 4e niveau inspiré du Far West) ou des cloisons mobiles aussi dangereuses qu’un couperet (« Futura », le 5e niveau aux délires dadaïstes). 

Plus vous progressez, plus les obstacles se multiplient. Ce sont surtout des puzzles basés sur la physique. Il faut faire bondir votre avatar à l’aide de jets d’eau ou de vapeur, lui faire pousser des objets ou activer des interrupteurs. Attention à ne pas tomber dans le vide ni à vous empaler sur des ronces. Pour sortir de chaque zone, vous devez pousser un point blanc pour l’amener devant la porte et vous aligner avec. En clair, pour continuer d’avancer, vous devez former trois points de suspension, soit la formule typographique pour « à suivre ». C’est malin et raccord thématiquement.

Un jeu sans beaucoup de « jeu » dedans

Type:Rider est ce qu’on appelle un « serious game », un jeu sérieux ayant une dimension pédagogique, informative et/ou éducative. Une approche qui a ici ses limites. Jeu et apprentissage sont clairement distincts, et non fusionnés. Pire, la partie jeu est grandement remise en question. Le joueur n’est jamais vraiment mis au défi. Dès que vous tombez dans un trou, lorsque vous « mourez », ou quand vous vous retrouvez bloqué, vous avez la possibilité de recommencer quelques secondes avant. À part quelques casse-tête rarement compliqués, la progression est linéaire sans challenge. Peut-on parler d’une expérience ludique, dans ce cas ? 

L’autre aspect à prendre en compte, c’est que la récompense à débloquer, ce sont des pages et des pages de texte. À chaque astérisque récolté, le joueur est invité à aller dans le menu pour voir ce qu’il a « gagné ». S’il y consent, il doit mettre en pause sa progression et passer les minutes suivantes à lire. En faisant cela à chaque fois, entre un quart et un tiers du temps est consacré à la lecture plutôt qu’au jeu. Cela peut vite devenir fastidieux. Mais si le joueur renonce à lire à chaque fois ces perles d’histoire pour profiter du gameplay, il se rend compte que ce dernier est peu enthousiasmant. Type:Rider peut se terminer en moins de deux heures les doigts dans le nez, pause pipi incluse. 

La rejouabilité est optionnelle, avec la mise à disposition d’un mode « speed run ». Le joueur a la possibilité de retraverser les niveaux en se chronométrant, pour essayer de faire le meilleur temps. Toutefois, la perspective n’est pas plus tentante que ça.

© Type:Rider - Arte / Ex Nihilo (2013)

« Lire ou jouer ? » : telle est la question

Dans Type:Rider, la typographie n’est pas transformée en vraie proposition de gameplay. Il s’agit d’un enrobage fort joli et réussi, mais masquant un jeu de plateforme ultra-basique. Par ailleurs, ce titre ne nous instruit pas véritablement en jouant, puisqu’il faut mettre l’expérience en pause pour lire les infos débloquées. À quoi sert l’écrin du jeu vidéo, dans ce cas ? Pour en savoir plus sur Gutenberg ou la lithographie, autant ouvrir un dico ou chercher sur Google.

Il est vrai que lire des tartines de texte se retrouve aussi dans moult jeux d’action modernes (comme Resident Evil ou les titres du développeur finlandais Remedy). Toutefois, ces documents donnent de la matière en lien avec l’univers du jeu, ainsi qu’avec la progression du joueur et sa compréhension de l’histoire. Or, il n’y a aucune histoire dans Type:Rider, juste celle de la typographie.

Type:Rider : mariage raté et point final ?

S’il est un bel objet de curiosité et un chouette outil de promotion pour la culture, Type:Rider n’est pas un mariage heureux entre jeu vidéo et écriture. Ce titre ressemble davantage à une « encyclopédie pour les nuls » interactive. Mais en termes de contenu, ce n’est même pas au niveau d’une vraie encyclopédie, puisque l’information s’y trouve résumée à l’essentiel. 

Un raté théorique n’en fait pas pour autant un ratage tout court. On ne peut pas enlever à Type:Rider son caractère de jolie œuvre à part dans le paysage vidéoludique, ni sa qualité de vraiment enrichir notre culture générale.

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A propos de l'auteur ...

Peter Noria
Peter est ancien étudiant en cinéma, fan de films et de jeux vidéo narratifs. Auteur auto-édité il est spécialisé dans l’action, l’aventure et le thriller.
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